Discours du 1er août à Onex

Photo: Jean-Pierre Tombola

Je suis vraiment très heureux de partager avec vous cette soirée . Et cela, à plusieurs titres. Est-ce parce que je suis magistrat cantonal chargé de la cohésion sociale et des communes? Oui, mais pas seulement. Est-ce parce que cette ville dispose d’un conseil administratif entièrement féminin ? Oui, mais plus encore.

J’en suis très heureux aussi parce que la ville d’ONEX a des points communs avec la mienne, VERNIER, sa voisine, et que je me retrouve ici comme en famille.

Dans les deux Villes, la campagne et la cité se mêlent et s’équilibrent. Dans les deux cas, la population est diversifiée, culturellement et socialement. En cela, ONEX illustre pleinement la société moderne. Ce soir, nous nous unissons autour de valeurs communes qui nous fédèrent: nous célébrons la Suisse.

Bob DYLAN disait en 1964 que “le monde et les tempschangent “. Cela n’a jamais cessé. Mais les valeurs demeurent. Ce sont des points de référence, un socle. Toute nation a besoin de valeurs communes. 

En 1291, par crainte, on se repliait. On signait des pactes pour se porter assistance en cas de danger. On construisait des murs.

  • Aujourd’hui, on s’ouvre. Genève a abattu ses murailles au XIXe siècle.
  • Aujourd’hui la Suisse est unie, même si elle ne vote pas toujours pareillement des deux côtés de la Sarine. Et elle est souveraine.

Être souverain, c’est être « libre »! Et c’est être « aux côtés de », parce la liberté nous oblige ! Être souverain, c’est vivre en harmonie avec ses voisins. Voilà ce que les temps modernes nous ont apportés !

Autrefois siamoises et aujourd’hui chacune détachée de l’autre, ONEX, BERNEX et CONFIGNON sont souveraines. C’est important car, dans le système suisse, l’entité la plus importante est aussi la plus proche: la commune. ONEX, 30 foyers en 1850, est devenu une cité majeure.

L’évocation du passé est utile mais l’important… C’est ce qu’on en fait.

N’en déplaise à l’histoire officielle – un peu romancée, comme la figure de Guillaume TELL – le pacte d’assistance de 1291 n’était pas le premier. Sa célébration simultanée par 2’222 communes suisses au soir du 1er août est émouvante, mais elle est aussi relativement récente. La fête nationale date de 1891. Avant, il n’y en avait pas.

Quel est le sens de cette célébration?

Le pacte de 1291 est un totem qui fonde notre destin commun autour du principe d’assistance mutuelle. Il faut bien mesurer la valeur de ces deux mots, Assistance / mutuelle. A l’époque, c’était militaire et financier. On s’aidait quand on avait des dettes ou des ennemis. Aujourd’hui, c’est bien plus que cela. Nous parlons d’une assistance mutuelle en tout domaine. Ainsi, la Suisse a instauré par exemple une péréquation financière entre les cantons. C’est justice… et c’est très inspirant.

Sachant que – ainsi que le précise en ouverture la Constitution suisse – “la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres”… Une collectivité publique se doit aujourd’hui de

  • nourrir ses membres,
  • instruire ses enfants,
  • offrir des loisirs,
  • favoriser les soins,
  • soutenir la culture,
  • égaliser les droits,
  • accompagner ses aînés,
  • encourager le sport et la santé,
  • et assurer ainsi tant l’équilibre de ses différentes communautés que l’équité des financements.

Voilà les ingrédients d’une collectivité saine ! Ce sont les outils qui permettent – et je cite encore la Constitution – qui permettent au total de “renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde”.

Cela porte un nom. Ça s’appelle : la cohésion sociale.

Cette cohésion sociale est un acquis essentiel. Et notre responsabilité collective consiste à la défendre. Chaque fois que nous avons été divisés, en effet, chaque fois que nous avons négligé les intérêts supérieurs de la collectivité, nous avons été en situation de crise ; crise morale, crise économique ou crise des institutions.

Aujourd’hui, le monde est confronté à d’importants défis. La guerre sévit en Europe. La Cour suprême américaine – dont le rôle consiste à dire le droit, seulement le droit – rend à présent des avis motivés par des opinions politiques et religieuses. Aucun exemple d’un tel mélange n’est favorable aux libertés. Jamais. Nulle part.

A Genève, l’un de nos grands défis consiste à accompagner particulièrement l’allongement de l’espérance de vie. Le nombre des octogénaires va doubler avant 2030. Les temps changent, en effet…

Pour relever avec succès les défis locaux et mondiaux, nous devrons toutes et tous faire montre de clairvoyance et de courage.

  • Clairvoyance et courage dans le changement progressif de nos habitudes de consommation et de mobilité ;
  • Clairvoyance et courage face à des décisions difficiles à prendre ;
  • Clairvoyance et courage dans la limitation du fossé numérique qui crée des inégalités supplémentaires, dans la société ;
  • Clairvoyance et courage pour que l’Etat – au sens constitutionnel : canton et communes – reste efficace ;
  • Clairvoyance et courage pour déterminer nos priorités ;
  • Clairvoyance et courage pour assurer les conditions cadres adéquates dans les secteurs de la sécurité, la santé, l’environnement, l’économie, la mobilité; et l’emploi en général.

Cela, en respectant toujours le devoir d’assistance que nous avons à l’égard des défavorisés.

Notre patrie, ce n’est pas seulement un territoire. C’est une construction. Il y a 2300 ans, QUIRINIUS donnait de la patrie une définition très actuelle : la patrie, disait-il,c’est ” là où on se bien. Aujourd’hui le LITTRÉ va plus loin : la patrie, “c’est là où l’on prend naissance.

Habitants et habitantes d’ONEX !

Que vous soyez nés à ONEX ou ailleurs, que vous soyez Suisses, binationaux ou résidents de nationalité étrangère, vous avez toutes et tous pris naissance à Onex.

Soyons fiers de notre pays, de notre canton et de notre commune !

Dans toute la Suisse, ce soir, brillent des feux et des lampions qui effacent les différences. Donnons aux enfants – dont les yeux brillent aussi – de la fierté et de l’espoir !  Valorisons nos différences ! Cultivons nos ressemblances et entretenons ensemble, comme disait Romain GARY, “notre valeur-patrie“.

Notre pays et notre canton défendent des valeurs. En effet, qu’il nous appartient de renforcer encore. Ce sont celles d’une société solidaire, fraternelle, optimiste, inventive, dynamique et responsable.

C’est ce que je nous souhaite, en harmonie, dans la paix et dans la prospérité.

Vive la Suisse –   Vive Genève –  Vive Onex !