Economie numérique : l’urgence d’un contrat social 4.0

Opinion publiée dans le journal Le Temps, le dimanche 29 avril 2018

On le sait : la révolution numérique va transformer radicalement notre économie et notre société dans les dix prochaines années. Les opportunités d’améliorer le sort de l’humanité et de notre planète sont immenses et il faut s’en réjouir. En médecine communautaire, par exemple, les outils de prévention et de pré-diagnostic permettent déjà d’anticiper les maladies et des traitements ultérieurs compliqués. Avec une influence bénéfique tant sur la santé de la population… que sur nos futures primes d’assurance !

Comment l’administration va-t-elle s’inscrire dans ces mutations? Si, à Genève, le débat sur le fonctionnement du service public s’enlise sur des questions théoriques d’une autre époque (mobilité, adaptabilité, contrôle, etc), je préfère me projeter dans les perspectives que la révolution numérique offrira à notre population.

Des avantages en sont évidents : suivi de processus administratifs en temps réel, transparence dans la motivation des décisions, possibilités de concertation en ligne, allègement des formalités, réponses documentées en lien direct avec les réglementations. De fait, tous les services seront impactés. C’est une chance à saisir car l’univers 4.0 permettra avant tout de repenser la relation au citoyen. Imaginons un monde où chacun aura un accès direct à l’Etat et ses prestations, depuis son ordinateur ou son téléphone. La technologie du blockchain et des transmissions sécurisée le permet déjà. Ça n’est plus qu’une question de temps avant que tout le monde puisse interagir selon ses besoins avec l’administration. Sans intermédiaires et en direct. Les perspectives sont infinies !

Mettre le numérique au cœur de la prochaine législature du Conseil d’Etat m’apparaît donc essentiel. Comme souvent en matière de technologies, on tend à oublier que les orientations à prendre pour le futur Etat 4.0 seront d’ordre politique. Quand Pierre Maudet annonce vouloir rendre possible la création d’une entreprise en ligne et d’en obtenir la certification numérique en un jour, je m’en réjouis. Il faut cependant aujourd’hui penser plus loin. Car c’est bien le rôle de l’Etat, garant des libertés et de la cohésion sociale, dont il est question ici. Notre population n’attend pas d’innovation qui soit seulement spectaculaires en termes de technologie. Elle veut de l’efficacité au sein de l’administration. Parmi les exemples, une plateforme numérique permettant de traiter une demande de bourse d’étude en 24 heures aura une forte valeur ajoutée au plan sociétal. J’ose tout autant espérer qu’une solution numérique permettra une refonte des processus du Bureau des automobiles pour épargner aux professionnels de la branche ces milliers d’heures d’attente décriées depuis des décennies. Et les exemples, vous l’imaginez, ne manquent pas, dans tous les secteurs. Voilà quelques exemples – parmi tant d’autres – qui ne manqueront pas de parler aux citoyens. Et qu’il est aujourd’hui facile de rapidement mettre en œuvre.

Dans l’immédiat, à l’Etat, l’optimisation des processus par les nouvelles technologies va permettre une réallocation des ressources vers des secteurs où les besoins augmentent. Ainsi dans les soins et l’accompagnement aux seniors, si des outils intelligents permettent au personnel des soins à domicile une meilleure relation au patient, nous aurons créé de la valeur ajoutée. Une valeur ajoutée qui profitera en premier lieu aux plus vulnérables d’entre nous. Car c’est dans cette optique que je veux développer l’Etat 4.0. Offrir à ceux qui en ont le plus besoin un lien privilégié et efficace avec le service public. Faciliter l’accès aux droits, faire tomber les barrières administratives, augmenter les prestations disponibles, voilà le projet de société que je défends.

La révolution technologique ne doit pas devenir une nouvelle fracture numérique. Il y a un enjeu réel à pouvoir amener plus de service public à la population. Nous avons les moyens de le faire. Soyons prêts !

Thierry Apothéloz,
Conseiller administratif Ville de Vernier
Président de l’Association des communes genevoises