“Agir pour que la place des communes genevoises dans notre canton soit davantage reconnue”

Interview parue dans la magazine Bien Vivre

Depuis fin septembre 2015, Thierry Apothéloz est le nouveau président de l’Association des Communes Genevoises (ACG). Le maire de Vernier entend bien redynamiser l’image d’une association jusqu’ici plutôt discrète et porter haut la voix des 45 communes du canton. En témoigne son engagement dans le dossier sensible sur la nouvelle répartition des tâches. Bien Vivre est allée à sa rencontre.

En tant que nouveau président de l’ACG, que pensez-vous pouvoir apporter à cette association?
D’abord mon expérience. Je suis membre du comité de l’ACG depuis 8 ans et magistrat communal depuis 12 ans, ce qui me permet d’être particulièrement attentif et réceptif aux enjeux et défis auxquels sont confrontées les communes genevoises au quotidien, qu’il s’agisse de sécurité, d’aménagement du territoire, de mobilité, de finances ou encore de cohésion sociale. Un dernier enjeu qui me tient particulièrement à coeur, du fait de ma profession de base de travailleur social. Mais plus fondamentalement, ce que je souhaite apporter à l’ACG, c’est ma motivation et mon dynamisme afin que la place des communes genevoises dans l’institution que représente aujourd’hui notre canton soit davantage reconnue. Il y a des chantiers qui demandent que les communes reprennent la main sur leur destin. C’est leur avenir qui est en jeu. Je veux être le président rassembleur, qui va de l’avant, avec volontarisme et sans attentisme.

Il y a des chantiers qui demandent que les communes reprennent la main sur leur destin.

Justement, pouvez-vous nous en dire davantage sur le rôle de l’ACG?
L’ACG a comme objectif de rassembler les exécutifs communaux. Bien loin de l’image d’un simple club de rencontre entre magistrats, son rôle consiste à informer et à conseiller ses membres, ainsi qu’à défendre leurs intérêts communs auprès des autorités. Elle est d’ailleurs l’interlocuteur privilégié du Conseil d’Etat et du Grand Conseil sur les éléments qui touchent les communes. Outre ce rôle institutionnel, l’association remplit des tâches très importantes dans la gestion des groupements intercommunaux (parascolaire, informatique et déchets carnés) ainsi que des différents fonds qui lui sont fonctionnellement rattachés, tels que le Fonds intercommunal, le Fonds Intercommunal d’assainissement ou encore prochainement le Fonds intercantonal de développement urbain et le Fonds intercommunal d’équipement. Des activités qui font de l’ACG un véritable centre de coordination et un support opérationnel au service des communes.

Le Fonds intercommunal de développement urbain (FIDU) prévoit de dégager 500 millions de francs ces vingt prochaines années. Quels sont les enjeux et qui paye?
Le plan directeur cantonal 2030 (PDCn) fixe un objectif ambitieux de construction de logements afin de répondre à la pénurie actuelle et couvrir les besoins futurs liés au développement de Genève. Or actuellement, les possibilités de développement urbanistique ne sont pas les mêmes partout dans le canton et l’effort financier demandé à certaines communes pour aménager et équiper de nouveaux quartiers est très important, voire difficilement supportable. Si l’on prend l’exemple de Confignon, les investissements demandés correspondent à 50 fois leur budget d’investissement, alors que d’autres communes, dont le territoire est peu ou nullement touché, échappent à ce type de charge.
La création de ce nouveau fonds vise à soutenir financièrement les municipalités qui construisent grâce aux contributions de toutes les communes, déterminées en fonction de leur capacité financière et de leur population. 25 millions arriveront ainsi chaque année pour une durée de 20 ans dans ce pot commun, dont 2 payés par le Canton. L’argent sera redistribué de deux manières. D’abord, un montant forfaitaire sera octroyé pour chaque nouveau logement. Ensuite, de l’argent sera alloué sur demande pour financer des gros projets impliquant notamment la construction d’écoles ou de parcs.

L’ACG défend aussi bien des petites que des grandes communes. Comment fait-on pour concilier des intérêts si différents?
Personnellement, je pars du principe que l’unité n’est pas synonyme d’uniformité. S’il est vrai qu’entre la commune de Gy (506 habitants) et de Genève (200 860 habitants), les problématiques, les façons d’entreprendre et d’exercer les compétences ne sont pas les mêmes, tout comme les moyens humains et financiers à disposition, le rôle fondamental de proximité d’une mairie avec la population, sa manière d’agir pour améliorer le quotidien des gens, est un élément fédérateur. Une préoccupation pour l’intérêt public qui constitue selon moi l’essence même de l’ACG dans la défense de la place des communes dans leurs relations avec le Canton.

Parmi les débats actuels, la nouvelle répartition des tâches. Qu’attendez-vous de cette réforme?
Mon objectif est d’améliorer la qualité de vie à Genève. Il s’agit de déterminer quelles plus-values cette nouvelle répartition des tâches peut apporter aux habitants et quel est le meilleur acteur entre le Canton et les communes pour les mettre en oeuvre, selon les principes de proximité, de subsidiarité, de transparence et d’efficacité définis par la nouvelle Constitution. Or il faut savoir qu’il y a un énorme décalage entre cette dernière, qui impose un rééquilibrage des compétences, et les communes genevoises, qui sont les moins dotées de Suisse. Face à un état centralisateur, le débat du désenchevêtrement est l’occasion de modifier le statu quo et de clarifier les tâches de chacun. L’objectif est d’éliminer les doublons de manière à être efficace, efficient et complémentaire sur des enjeux importants actuels et à venir. Je pense notamment au vieillissement de la population avec, d’ici 15 ans, un doublement de la population âgée de 65 ans et plus.

Le premier train de lois annoncé par le Conseil d’Etat concerne l’aide social, le parascolaire et la mobilité. Quels sont les changements attendus?
Ce premier train de lois a été voulu par le Conseil d’Etat en accord avec l’ACG et permet d’officialiser ou de préciser un certain nombre de situations actuelles. Le Canton confirme ainsi sa gestion exclusive des prestations sociales, exception faite des aides ponctuelles que les communes pourront accorder aux habitants en difficulté passagère, dont un soutien aux seniors. Il existe également un cas particulier pour la Ville de Genève, qui pourra continuer à délivrer des prestations complémentaires aux rentiers de l’assurance vieillesse et invalidité.
Concernant le parascolaire et la signalisation routière locale, comme les places de parc pour handicapés, les compétences jusque-là partagées en matière de financement et de gouvernance seront désormais de l’unique responsabilité des municipalités. Bien que ces premières mesures doivent encore recevoir l’aval du Grand Conseil, le fait qu’elles aient été adoptées par le Conseil d’Etat et l’ACG (à l’unanimité des communes!) démontre notre volonté de travailler ensemble. C’est également le symbole qu’une concertation réussie entre les représentants des communes et du Canton s’avère toujours productive, même si pour le deuxième train de lois les discussions avec l’exécutif doivent tenir davantage compte du rythme de notre fonctionnement démocratique mais aussi de nos suggestions. Il faut nous faire confiance.