Inauguration de Poésie en Ville

Madame la Conseillère administrative, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, chères et chers amis de la poésie et du livre,

En période budgétaire, les chiffres nous heurtent, les mots nous apaisent.
En période budgétaire dans une époque de pandémie, les chiffres nous font craindre des pics, les lettres nous tiennent loin de la panique.

Il est significatif que le premier événement genevois d’après le confinement consacré au livre soit dédié… à la poésie. Elle paraît si fragile… Eh bien justement: cette apparente discrétion, cette humilité sont peut-être ce qui lui a permis de s’imposer, en ces temps troublés.

Car nous avons besoin de la voix des poètes. De cette géométrie, exacte ou variable, pratiquée par ces artisans du mot. Sans aucun doute, pour faire du bien au monde. Pour atténuer nos maux.

L’importance de la parole intime, de sa circulation, l’attention au verbe juste… Tout cela, on a pu bien l’expérimenter ces derniers mois. Se retrouver aujourd’hui pour l’éprouver ensemble, on en a besoin. Je parlais d’humilité. Dans cette situation qui nous dépasse, et qui certains lassent, je me rappelle ces mots de Kennedy – le président américain, pas le romancier : “quand le pouvoir pousse l’homme à l’arrogance, la poésie lui rappelle la richesse de l’existence”.

Cette année, Poésie en Ville donne l’occasion d’un partenariat renforcé avec le Cercle de la librairie et de l’édition. J’encourage cet élan fédérateur. Qu’il se déploie à l’avenir aussi pour aller vers les publics qui ont peu accès au livre, en particulier à la poésie, c’est mon souhait. Vraiment. Rien n’est plus beau que la poésie. Rien n’est plus fin que le regard, ici amusé, là médusé, porté sur le spectacle de la nature humaine. Ou sur la spectaculaire humanité de la nature.

Faire essaimer: c’est ce que les animateurs d’ateliers dans les écoles ont pu pratiquer cette semaine en sillonnant le canton, pour aller à la rencontre des classes. Pour permettre à un élève de voir son premier ver. Pour permettre aux sons de rimer avec émotion. Qu’ils en soient remerciés.

Je tiens à féliciter et remercier l’équipe des Bains des Pâquis et sa commission culture (entièrement bénévole) pour la mise sur pied de cet événement, contre vents et marées.

Un mot rapide encore pour ne pas prendre le risque de vous encombrer. La politique du livre que je défends se veut inclusive, invitante. Elle doit s’efforcer de n’exclure personne. Et en premier lieu, les professionnels du livre, le cœur battant de l’écrit, qui comme vous le savez, ont été exclus des mesures COVID de la Confédération. Depuis cet été, je déploie avec mes équipes tous les efforts possibles pour leur venir en aide. Plus prosaïquement que poétiquement, vous me le permettrez, j’ai bon espoir de pouvoir bientôt porter des nouvelles heureuses. Et des chiffres. Oui, parfois, les chiffres aussi nous apaisent.

Bonne plongée en Poésie !