Solidarité internationale: “Nous avons un devoir moral et politique d’apporter une réponse aux disparités des ressources entre pays”

Source: Le Courrier – Rachad Armanios
Photo: Simon Davis/Department for International Development

La Fédération genevoise de coopération publie, sous forme électronique, son 7e panorama des contributions des collectivités publiques genevoises pour la solidarité internationale.

En 2015, quatorze communes genevoises ont consacré 0,7% ou plus de leur budget de fonctionnement à la solidarité internationale, respectant ainsi l’objectif des Nations Unies. Parmi les collectivités publiques genevoises, Russin se montre proportionnellement la plus généreuse, avec 3,33% de son budget, grâce à un important don pour les victimes du séisme du 25 avril 2015 au Népal. Le canton, lui, fait figure de parent pauvre puisque, avec un petit 0,21%, il est très loin d’atteindre l’objectif onusien qu’il s’est pourtant fixé comme contrainte dans une loi.

Mardi, la Fédération genevoise de coopération (FGC) a présenté sa 7e édition des statistiques de la participation des collectivités publiques du canton à la solidarité internationale. Nouveauté, le format papier, édité tous les cinq ans depuis 1985, laisse désormais place à un livre numérique interactif2, qui permettra d’actualiser les données beaucoup plus régulièrement et en tout temps.

Le total des contributions de Genève s’élève en 2015 à 29,9 millions de francs, soit 16,4% de plus qu’en 2010 (25,7 millions). En chiffres absolus, le mauvais élève est toutefois de loin le plus gros contributeur, puisque l’État a dépensé 17,21 millions de francs pour la solidarité internationale. La Ville de Genève (0,56%) a débloqué 6,14 millions, presqu’autant que toutes les autres communes réunies (6,58 millions). Depuis 2010, la Ville a de beaucoup augmenté sa part, celle du total des autres communes baisse un peu, tandis que celle du canton stagne.

Président de l’Association des communes genevoises et conseiller administratif à Vernier, Thierry Apothéloz insiste: «Nous avons un devoir moral et politique d’apporter une réponse concrète à l’abyssale disparité des ressources entre pays. Ce n’est ni de la pitié ni de la charité. Dans un climat politique et budgétaire qui n’encourage pas les collectivités à faire preuve d’audace, je refuse qu’on oppose les pauvres d’ici aux pauvres de là-bas. À Genève, nous avons des projets pour répondre à la précarité de la population locale et je salue les efforts des communes pour maintenir également les budgets pour la solidarité internationale, alors qu’elles n’ont pas de contrainte en la matière.»

«Le canton cohérent»

À l’inverse, l’élu socialiste, en charge de la commune la plus précarisée de Genève, a souligné la «cohérence» du canton dans le «déni» de ses propres lois visant à lutter contre les inégalités. De même qu’il bafoue son objectif des 0,7%, il n’a toujours pas appliqué sa politique de cohésion sociale en milieu urbain, a attaqué M. Apothéloz.

Dans une vidéo du livre numérique de la FGC, le président du Conseil d’État, François Longchamp, insiste sur le devoir de coopération du canton, qui accueille la Genève internationale.

Avec 1 million donné au Burkina Faso, ce pays est le plus aidé par les collectivités genevoises. Suivent le Népal, en raison du séisme qui l’a frappé, puis le Mali, la Colombie et la RDC. Les financements soutiennent avant tout l’aide au développement (60%), puis l’aide humanitaire (24%). Viennent après les catégories droits humains, sensibilisation et promotion de la paix. Le CICR se taille une part de lion parmi les 15 entités les plus subventionnées.

Néanmoins, l’exemple de Cologny, présenté par la conseillère administrative Cristiana Juge, montre que cette commune cherche à privilégier les associations comprenant dans leur comité un résident de la localité. Avoir des comptes, un budget, des frais de fonctionnement limités et comprendre des bénévoles sont des critères que la commission sociale du Conseil municipal ont fixés pour trier les demandes accrues de subventions.

Quant à mesurer l’efficacité des projets, la FGC peut seulement se porter garantes de ceux portés par ses soixante ONG membres, qui concentrent 26% des subventions versées à Genève en 2015 pour la solidarité internationale. Présente dans cent pays à travers cent projets, la FGC fête cette année ses 50 ans, «l’âge de la sagesse», selon sa secrétaire générale, Maribel Rodriguez.