Protection de la population: valoriser le bénévolat

Discours réalisé à l’occasion du Rapport annuel de l’Office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires (OCPPAM)

La protection des populations est un secteur ingrat de l’activité humaine. On ne se rend souvent compte de son existence que lorsqu’on en a réellement besoin. Tout en souhaitant naturellement que jamais se besoin ne se manifeste.

Face aux violences climatiques, technologiques, ou humaines, penser au quotidien à la protection des populations est une véritable gageure. Notre monde change, toujours plus vite, toujours plus profondément, et les risques d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec ceux d’hier. Ni la Suisse, ni même Genève ne sont épargnés par la marche de l’histoire. Et c’est pour cela que la protection de la population est un domaine qui doit lui aussi savoir évoluer et s’adapter à notre environnement.

A Genève, nous avons la chance de disposer d’un réseau et d’une infrastructure particulièrement efficaces. Efficaces car pensés, mis en œuvre et assurés au quotidien par ces centaines de personnes qui, au quotidien, ont fait de la protection des autres leur métier ou leur vocation bénévole. Il est pour moi illusoire de tenter de chercher les mots justes pour vous remercier à la hauteur des sacrifices que, toutes et tous, dans vos domaines (pompiers professionnels et volontaires, membres de la protection civile, samaritains ou sauveteurs auxiliaires), vous consentez, 24h sur 24h, 365 jours par an, pour que nous, les autres, puissions vaguer en toute sécurité à nos occupations.

Donner, avec pour seule rétribution, la satisfaction du devoir accompli, c’est là une qualité que bien peu d’entre nous savent encore cultiver. Vous en faites partie. C’est là votre honneur. C’est là notre fierté.

Sans doute mon ancien parcours d’officier militaire n’est-il pas étranger à ce que j’éprouve aujourd’hui. Car je sais combien l’engagement dans les services uniformés et hiérarchisés exige parfois des sacrifices considérables, notamment pour vos familles. Et dans une période difficile où les crises de vocations sont nombreuses, il faut continuer à garder la foi, la motivation et le dévouement face au devoir à accomplir. Votre présence témoigne de cet engagement sans failles.

A l’heure où la mode est à la réforme tous azimuts, où l’on veut changer pour changer, où tout est constamment remis en question pour la recherche d’un équilibre utopique, il est bon de rappeler qu’aucun service volontaire ne va de soi et qu’il faut toujours être prudent dans nos envies de changements. Faire adhérer, consulter, co-construire le changement devraient être pour nous, les politiques, les maîtres-mots. Réformer n’a de sens que si le travail et l’engagement s’en trouvent facilités. Pas si cela ajoute des procédures aux procédures, et des contraintes aux contraintes.

Faire confiance aux experts du quotidien

Ces changements, il faut le mener avec dynamisme, mais aussi avec concertation et dans le respect de celles et ceux qui seront amenés à les assumer. C’est une question de méthode. La mienne est de toujours faire confiance aux experts du quotidien, c’est-à-dire à celles et ceux qui ont une expertise de terrain que nous, les politiques qui décidons, n’avons certainement pas.

Ainsi, récemment, j’ai eu le plaisir de voir se former, sous l’impulsion de la fédération des pompiers genevois, un groupe de travail partiaire magistrats- commandants, afin de penser ensemble l’engagement des pompiers volontaires de demain dans le cadre fixé. Même si le délai est très court – juin 2018 – je suis intimement persuadé que c’est ce genre de dynamique qui nous permettra d’aller efficacement de l’avant dans les réformes qui nous attendent et de pouvoir donc aborder celles-ci avec la sérénité nécessaire !

Tout changement peut provoquer en effet des craintes, des frustrations et parfois du découragement. Je veux donc que les défis auxquels vous êtes confrontés aujourd’hui dans l’évolution des conditions de votre engagement aboutissent à un renforcement des adhésions, et non le contraire.

Il faut aujourd’hui se poser les bonnes questions : quel engagement voulons-nous au service de la société civile ? Quelles femmes et quels hommes voulons-nous accompagner, aider et soutenir dans leur action quotidienne au service de la population ? Je pense que ces questions sont le préalable à toute réforme ou réorganisation qui ne mettrait pas le facteur humain au centre de la réflexion.

Des engagements bénévoles mieux reconnus

En ceci, je préconise que les engagements bénévoles soient mieux reconnus par notre société. Que ces parcours exceptionnels, qui sont le lot quotidien de beaucoup d’entre vous, puisse être mieux valorisés dans votre cursus, y compris au niveau professionnel. Cela implique un changement radical dans notre manière de voir l’engagement altruiste et cela concerne au final tous les domaines du bénévolat. Il est fort à parier que, par la force des choses, il nous faudra à l’avenir institutionnaliser la valorisation de cet engagement. Des solutions existent. Tels des « passeports de l’engagement ». Un CV des compétences acquises dans le cadre de votre association. Dans une vie professionnelle, de plus en plus, la qualité personnelle vaut tout autant que la qualité technique. C’est vers ce type de reconnaissance qu’il nous faudra tendre à l’avenir pour maintenir à flot l’action pour autrui, qui est le ciment de notre cohésion sociale.

La société, toute la société, a besoin de votre dévouement et de votre courage. Les défis qui vous – et nous – attendent sont importants et nécessitent une implication et une motivation sans failles.

En tant que magistrat communal, je sais combien il est important de pouvoir compter au quotidien sur des femmes et des hommes comme vous. Et j’espère, de tout cœur, pouvoir le faire encore longtemps !

Thierry Apothéloz
Président de l’Association des communes genevois
Conseiller administratif de Vernier