Protection civile: “l’engagement bénévole doit être valorisé”

Discours prononcé lors de la rencontre annuelle des partenaires de la sécurité, invités par l’OCCPAM (office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires) le 24 janvier 2017

Le 24 janvier dernier, j’ai eu l’opportunité de prendre la parole devant les états-majors de l’OCCPAM. Les acteurs de la sécurité étaient tous réunis aux Vernets dans le cadre du rapport de l’office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires: protection civile, armée, pompiers volontaires, SIS, samaritains, sauveteurs auxiliaires, SMUR, etc. Je l’ai fait d’une part avec ma casquette de Président de l’association des communes genevoise, mais également comme magistrat en charge de la sécurité civile et des pompiers de la ville de Vernier, et ce depuis bientôt 14 ans. La thématique de la protection de la population me touche donc de près et suscite en moi intérêt et admiration.

Intérêt d’abord, car ces dernières années, les missions et les attentes qu’on a envers ces différentes structures n’ont cessé d’augmenter.

Admiration, car devant les difficultés croissantes de ces domaines d’activités, il se trouve toujours des femmes et des hommes de bonne volonté capables de donner de leur temps et de leur énergie pour leurs prochains et la collectivité. Donner, avec pour seule et certaine rétribution, la certitude du devoir accompli: c’est là une qualité que bien peu d’entre nous savent encore cultiver.

Un engagement au quotidien

Cet engagement au quotidien est probablement parmi les plus nobles qui soient. Dans l’ombre, avec une discipline et – souvent – un courage à toute épreuve, ces professionnel.le.s et bénévoles donnent de leur temps, avec une abnégation admirable, pour servir et protéger, pour accomplir un devoir civique qui va bien au-delà du simple don de soi. Par mon ancien parcours d’officier militaire, je sais combien l’engagement dans les services uniformés et hiérarchisés nécessite des sacrifices considérables.

L’heure est aux réformes

Plusieurs réformes sont en marche. Celle de la protection incendie par tant son volet gouvernance que par son volet organisation 2030. Celle ensuite de la protection civile. Dans une forme de recherche d’équilibre chimérique, il est bon de rappeler qu’aucun service volontaire ne va pas de soi et qu’il faut toujours être prudent dans notre volonté légitime à réformer, à changer et à améliorer les choses. Le monde change, les organisations doivent suivre ce mouvement. Mais comment ?

Faire adhérer, consulter, co-construire le changement devraient être pour les politiques, les maîtres-mots. Réformer n’a de sens que si le travail et l’engagement s’en trouvent facilités. Pas si cela ajoute des procédures aux procédures et des contraintes aux contraintes.

L’engagement en baisse

Aujourd’hui, les domaines de la protection n’échappent pas à la crise des vocations bénévoles et à la baisse progressive des engagements altruistes. On le voit dans les clubs sportifs, dans les associations civiles, et même en politique. Ce qui devrait être une vertu cardinale de nos démocraties – le don de soi – n’est plus valorisé. C’est une véritable tragédie. Une tragédie de l’individualisme qui prend chaque fois plus le pas sur une vision collective et impliquée de la société dans laquelle nous vivons. Une tragédie qui voit de moins en moins les activités annexes au service de la population comme des atouts, mais bien comme des inconvénients.

Il y a là un véritable combat à mener, une image à redorer, et un vrai travail de revalorisation de l’engagement bénévole et altruiste à faire.

Je me refuse à croire que ce phénomène de désengagement que nous vivons depuis quelques années soit inéluctable! Puisqu’il est question de réformes et de changements annoncés dans l’organisation des pratiques, cette question de la relève et du renforcement des effectifs doit être prévue.

Il faut être prudent car tout changement provoque des craintes, des frustrations et parfois du découragement. Il ne faut pas que les défis et les réformes auxquels sont confrontés l’ensemble de ces forces aboutissent à un renforcement des défections.

Se poser les bonnes questions

Il faut aujourd’hui se poser les bonnes questions: quel engagement voulons-nous au service de la société civile? Quelles femmes et quels hommes voulons-nous accompagner, aider et soutenir dans leur action quotidienne au service de la population? Ces questions sont le préalable à toute réforme ou réorganisation qui ne mettrait pas le facteur humain au centre de la réflexion.

La société, toute la société, a besoin du dévouement de ces forces, de leur complémentarité et de leur courage. Les défis qui nous attendent ensemble sont importants et nécessitent une implication et une motivation sans faille.

En tant que magistrat communal, et surtout en tant que citoyen, je sais combien il est important de pouvoir compter au quotidien sur ces femmes et ces hommes.