“Notre objectif: recoudre les quartiers de Vernier ensemble, avec les habitant-e-s”

Interview parue dans la magazine Bien Vivre

Première ville de l’agglomération genevoise, Vernier est aujourd’hui la deuxième commune la plus peuplée du canton avec ses 35 220 habitants. Riche de son histoire et de ses nombreux quartiers à l’identité forte, elle tente aujourd’hui de renforcer sa centralité territoriale et identitaire, comme l’illustre le très attendu Quartier de l’Etang. Le magazine Bien Vivre a rencontré Thierry Apothéloz, Yvan Rochat et Pierre Ronget, membres de l’Exécutif de la ville de Vernier.

Deuxième ville du canton et cinquième de Suisse romande en termes de population, Vernier a toujours connu une importante croissance démographique. Quels défis cela pose-t-il?
Yvan Rochat: Il est rare de voir une ville qui en moins de 100 ans a multiplié sa population par 15 pour atteindre aujourd’hui 35 220 habitants. Une hausse démographique qui s’est traduite par la construction, au fil des décennies, d’un archipel de quartiers porteurs de fortes identités: Avanchets-Cointrin-Balexert, Aïre-Le Lignon, Châtelaine, les Libellules et Vernier-Village. Des quartiers à l’individualité renforcée par les axes routiers qui les séparent ou encore l’existence de services et commerces de proximité qui ne nécessitent pas de déplacements vers d’autres quartiers. Un certain nombre de facteurs déstructurants qui suggèrent l’existence de plusieurs villes ou villages pour une commune sans véritable centralité. Le défi majeur pour nous consiste dès lors à réussir à recoudre les quartiers entre eux, en développant notamment ce que l’on pourrait nommer un urbanisme de réparation.
Thierry Apothéloz: Afin de favoriser un sentiment de «centralité» à Vernier, nous nous efforçons de créer des liens plus solides entre les quartiers. Cela passe par la mobilité, le développement de services transversaux, tels que la police municipale ou encore l’augmentation de marquage identitaire. Il s’agit également de densifier le tissu urbain pour relier les quartiers. On peut citer notamment le quartier de la Coupe Gordon-Bennett, placé en trait d’union entre les Libellules et le Lignon ou encore le futur quartier de l’Etang entre les Avanchets et Châtelaine.

Pouvez-vous justement nous en dire davantage sur le projet du quartier de l’Etang.
Yvan Rochat: Initié en 2009, c’est un projet urbain important, tant par son ampleur que par son coût chiffré à 1,2 milliard CHF. Une des particularités de ce futur quartier de l’Etang est qu’il se situe sur une zone industrielle de 11 hectares où l’on n’attendait pas la ville, à la fois cernée par les voies de chemin de fer, les citernes pétrolières et l’autoroute. Construire à cet endroit impose donc un certain nombre de contraintes liées à la sécurité mais les modèles développés nous donnent aujourd’hui les moyens de construire et de donner à Vernier toute sa centralité tout en alliant croissance démographique et qualité de vie.
Thierry Apothéloz: Il s’agit de créer un véritable morceau de ville dynamique et attractif vecteur d’unité pour la commune. Le quartier de l’Etang, c’est 1000 logements pour environ 2500 habitants supplémentaires et 2500 places de travail On y trouvera notamment des équipements publics, dont une école, une crèche et une maison de quartier mais aussi un centre de santé, des logements pour étudiants, des espaces loisirs avec notamment un auditorium ainsi que des commerces, des restaurants et des surfaces artisanales. Une offre riche et variée pour un quartier qui ne sera ni une cité-dortoir ni un de ces quartiers qui se vident après les heures de bureaux, mais bien un lieu central et incontournable pour les Verniolans, avec je l’espère, une importante vie associative.

Si le Quartier de l’Etang à Vernier est le plus grand projet immobilier privé à Genève, c’est aussi et surtout celui qui avance le plus vite, comment expliquez-vous cela?
Thierry Apothéloz: Approuvé par le Gouvernement en novembre dernier, le plan localisé de quartier a été réalisé en dix mois seulement alors qu’il faut en général deux ans. Une réussite qui tient principalement à la mise sur pieds d’une task force réunissant tous les acteurs en jeu, soit le Canton, la Ville de Vernier, les associations de quartier et les riverains, avec une prise en compte des intérêts de chacun. Un projet aujourd’hui concret, puisque les démolitions et travaux d’assainissement ont déjà commencé. Il faudra attendre le début de l’année 2017 pour voir les premières constructions sortir de terre, sachant que 80% des logements seront livrés en 2020, date à laquelle l’école ouvrira ses portes. Le symbole du début de la vie de ce quartier.

Un important centre culturel verra prochainement le jour dans le quartier de Châtelaine. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce projet?
Pierre Ronget: Une véritable volonté politique s’est mise en place depuis quelques années pour offrir une véritable culture de proximité aux habitants et ainsi mettre en lumière le rôle de la culture dans la vie de notre commune. Le projet d’un centre culturel dédié à la création, à la formation et à l’expression artistique qui permette de mettre à disposition des artistes et de la population un lieu multifonctionnel est représentatif de cette volonté. Intitulé Centre culturel de Châtelaine (CCC), il offrira deux salles de spectacle (400 et 150 places), une trentaine de salles de répétitions, chose qui manque cruellement à Genève, des ateliers d’arts, une galerie, deux foyers, deux restaurants et un hôtel. A ce programme s’ajoutent des logements pour 350 étudiants et l’aménagement de l’espace public alentour. Un lieu pluridisciplinaire, de création et de formation qui accueillera dès son inauguration en 2019 la saison culturelle de Vernier, jusqu’à présent cantonnée à la salle des fêtes du Lignon et sa capacité de 220 personnes.

Vernier fait figure de précurseur des Contrats de quartier en Suisse romande. Quelles sont les applications concrètes de ce dispositif participatif sur le terrain?
Thierry Apothéloz: Si la centralité territoriale est encore à renforcer, il existe un lien social distinctif à Vernier qui fonde l’identité verniolane. Depuis 2005, la Ville de Vernier a mis sur pied un système de Contrats de Quartier actuellement effectif dans cinq ensembles urbains, à savoir Aïre-Le Lignon, Les Avanchets, Châtelaine-Balexert, Vernier-Village et depuis l’an passé à Gordon Bennett-Les Libellules. L’objectif: offrir à l’ensemble des habitants, même aux étrangers qui représentent 46% de la population, des outils de démocratie participative permettant d’intervenir rapidement et efficacement dans l’amélioration de leur quotidien. Pour ce faire, le Conseil municipal vote chaque année une enveloppe budgétaire d’environ 50 000 CHF qui vise à la concrétisation de projets proposés par les habitants. Les personnes intéressées s’organisent en groupes de travail pour proposer et préparer des projets, qui sont ensuite présentés à un Comité de pilotage composé d’élus, d’habitants, de commerçants et de représentants d’associations. Depuis 2005, plus de 250 projets ont été déposés par les habitants et 249 ont été ainsi concrétisés. Des initiatives touchant à des problématiques très diverses, telles que la sécurité publique, l’action sociale, l’emploi, l’éducation ou encore les loisirs, les sports et dont certaines sont devenues des événements clés de la vie des Verniolans. Un processus permettant également de favoriser le lien social et la solidarité, tout en renforçant le sentiment d’appartenance des individus à la commune.

La Ville de Vernier accorde une importance particulière aux espaces verts. Comment se traduit cet engagement?
Yvan Rochat: Malgré le fait que Vernier soit une localité fortement urbanisée, près d’un tiers de sa superficie se compose d’espaces verts très appréciés par la population sans compter la qualité de ses nombreux espaces et places publics propices aux rencontres et à la détente.
Thierry Apothéloz: On peut citer notamment la création d’une voie verte en 2009. Un cheminement de promenades à pied reliant les quartiers: Vernier-Village, Aïre-Le Lignon, les Libellules, Châtelaine et les Avanchets, ou encore l’aménagement du secteur «Au Moulin» qui prend place dans le projet d’aménagement des cheminements des Berges du Rhône. Un magnifique écrin de verdure accessible à tous comprenant des places de piquenique, un débarcadère ou encore un parcours sportif. Le tout avec un accès exclusivement piéton.