Comment favoriser l’intégration des enfants dans les villes. Vernier agit.

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Article paru dans la Tribune de Genève du 18 septembre 2017 par Caroline Zuercher

Mis à l’écart tant physiquement que socialement, les mineurs sont les grands oubliés du développement urbain. Les villes tentent aujourd’hui de corriger le tir

Les villes sont-elles un lieu propice aux enfants? Il y a deux ans, Pro Juventute tirait la sonnette d’alarme, et réclamait que les petits soient mieux pris en compte dans le développement urbain. La question n’est pas totalement nouvelle. En 2004 déjà, Unicef Suisse créait un label «Commune amie des enfants», accordé à celles qui s’engagent dans le domaine.

Comment faire une place aux enfants? Entre la création de places de jeu, de structures d’accueil extrafamiliales, ou l’intégration politique à travers des parlements de jeunes, l’enjeu est vaste. «Les enfants ne sont pas uniquement petits physiquement. On peut dire qu’ils le sont aussi politiquement, car ils ne comptent pas beaucoup face à d’autres besoins, notamment économiques», diagnostique Michele Poretti, sociologue à la Haute Ecole pédagogique de Lausanne et à l’Université de Genève. Ce chercheur vient de rédiger un dossier sur le sujet, publié par l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (Artias).

Selon lui, les enfants ont été éloignés de la vie de la cité, tant physiquement que socialement. Le mouvement a débuté avec l’instauration de l’école obligatoire. Il s’est poursuivi avec le développement d’activités extrascolaires qui remplacent les jeux à l’extérieur, et  les lieux d’accueil soutenant les parents occupés au travail, par choix ou par nécessité. Résultat? «Les mineurs passent leurs journées avec leurs pairs, entourés de quelques adultes responsables et ont moins d’opportunités d’interagir avec les autres habitants de la cité.»

Des espaces réduits

En parallèle, le développement du trafic et des besoins commerciaux a réduit le nombre d’espaces verts et les lieux où les enfants peuvent circuler en sécurité, surtout dans les centres. Selon une étude menée en Allemagne, quatre enfants sur dix n’ont pas la possibilité de jouer librement et sans surveillance dans leur quartier.
«Les enfants qui n’ont pas accès à des activités extrascolaires restent à la maison, complète Michele Poretti. N’étant pas vus, ils ne dérangent pas.» C’est une autre paire de manches avec les ados: «Ils s’approprient davantage l’espace public, ce qui crée des conflits. Les adultes se plaignent régulièrement qu’ils sont au mauvais endroit au mauvais moment. On va alors leur proposer des activités pour qu’ils soient ailleurs et entre eux.»

Exclusion spatiale et sociale

La société a tendance à créer des espaces destinés aux enfants, avec à chaque fois un but éducatif. Est-ce mauvais? Michele Poretti ne s’exprime pas, mais il observe que les politiques font souvent état de craintes liées à la cohésion sociale et à d’éventuels problèmes d’intégration au moment d’entrer dans l’âge adulte. «L’idée sous-jacente est qu’on ne peut pas prétendre que des enfants, qui vivent dans des espaces clos séparés du monde des adultes, deviennent d’un coup responsables à 18 ans.»

Bien sûr, ces constats généraux doivent être nuancés. La situation change d’une ville ou d’un quartier à l’autre. Elle varie aussi en fonction des ressources familiales. Ce qui pose une autre question: à l’exclusion spatiale s’ajoute celle sociale. Les enfants sortent rarement de leur quartier, encore moins si les écoles sont proches. «Cela facilite la mobilité douce, mais les milieux d’apprentissage seront différents selon le lieu», note Michele Poretti. Les enfances peuvent dès lors être très différentes. Les petits vivant dans des zones aisées acquièrent aussi davantage de compétences valorisées à l’école, notamment grâce aux discussions en famille et aux activités proposées. «Les résultats scolaires ne sont pas uniquement une question de don ou de travail, beaucoup d’autres facteurs entrent en ligne de compte», plaide le chercheur. Qui pose une dernière question: la ville peut-elle réduire ces inégalités?

Que font les villes en Suisse romande? Quatre projets concrets à Genève et dans le canton de Vaud

Vernier fait parler les tout-petits

Vernier est la commune la plus précarisée du canton de Genève et présente un taux d’élèves allophone important. Depuis 2014, le programme «Parle avec moi» vise à soutenir l’acquisition du langage dans les crèches.
Les petits qui maîtrisent le moins le français en bénéficient particulièrement. «Nous avons constaté qu’il y a de grosses différences dans ce domaine au moment de commencer l’école», explique Thierry Apothéloz, conseiller administratif en charge de la cohésion sociale et de la petite enfance. Le projet, mis en place avec l’Université de Genève, est orienté sur la formation des éducateurs. Le personnel a notamment été épaulé par des logopédistes. Avec un but: stimuler l’apprentissage de mots avec les enfants qui ont de la peine à s’exprimer. Ce suivi se fait de façon individuelle et lors d’ateliers en très petits groupes, avec un matériel spécifique pour les animer.

Genève sensibilise aux droits de l’enfant

Pour des questions de partage de compétences avec le Canton, les démarches de la ville de Genève ne peuvent pas être labellisées par l’Unicef, mais le Conseil administratif a élaboré un plan d’action. Tous les collaborateurs de l’administration municipale se verront notamment proposer une formation sur les droits de l’enfant, précise la conseillère administrative Esther Aider, en charge de la cohésion sociale et de la solidarité. Parmi les projets, elle cite l’Appel à idées lancé dans les écoles des Eaux-Vives. Dans ce cadre, les élèves ont pu exprimer «une idée pour leur ville». Parmi les 467 propositions récoltées, il y a celle de créer un musée multiculturel, d’organiser des tournois de sports intergénérationnels ou de prendre des mesures en faveur des sans-abri. Un travail de suivi de ces idées est en cours. «Faire une place aux enfants est un défi, mais aussi une magnifique opportunité», conclut Esther Alder.

Lausanne écoute les enfants

Lausanne est, avec Sion, la seule ville romande dotée du label «Commune amie des enfants». Aujourd’hui, les plus jeunes sont notamment écoutés dans le cadre du projet «Pôle Gare, Place aux enfants!» «Nous sommes allés à la gare avec plusieurs d’entre eux. En les écoutant, nous avons, par exemple, réalisé que lorsqu’on mesure 1,20 mètre, on ne voit pas les panneaux», décrit Estelle Papaux, secrétaire générale de la Direction Enfance, jeunesse et quartiers. Des conseils des enfants ont été créés dans les quartiers. Dans ce contexte, les petits de la Bourdonnette ont expliqué avoir peur des chiens et ne pas oser le dire aux propriétaires. «Ils ont proposé de distribuer des croquettes pour entrer en contact avec les maîtres, ce qu’ils ont fait. Notre but est de les écouter et de les accompagner dans leurs préoccupations. Ce qui parfois débouche sur des réalisations concrètes.»

 

Yverdon mixe les élèves

A Yverdon-les-Bains, la moitié des enfants scolarisés sont d’origine étrangère. Pour leur donner un maximum de chances, la commune essaie d’abord de préparer les plus petits à l’école. Les enfants sont notamment invités à passer deux heures par semaine dans une classe, durant trois mois avant l’entrée à l’école. Leurs parents visitent également les lieux, une enseignante et un agent d’intégration participe au processus. Par la suite, les petites écoles primaires sont basées dans les quartiers, avec l’idée d’une proximité immédiate pour les enfants. Mais les plus grands doivent aller un peu plus loin. Pour les dernières années du primaire, la répartition se fait en divisant la ville d’est en ouest. Pour le secondaire, ces zones sont définies du nord au sud. Le but est de mélanger les élèves, explique Jean-Claude Ruchet, municipal en charge de la Jeunesse et de la Cohésion
sociale.

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