Un an après le début de la crise, un premier bilan sur le front de l’action sociale

Voici près d’un an que nous vivons une période de crise inédite. Une crise sanitaire, devenue rapidement crise économique et sociale. Outre les investissements sans précédent que les collectivités publiques ont consenti à faire pour soutenir les entreprises économiques et culturelles (un montant proche de 200 millions de francs), notre Canton a engagé un montant de près de 50 millions pour soutenir les Genevoises et les Genevois qui ont vu leurs conditions d’existence bouleversées au cours de cette période.

Des mesures concrètes et innovantes mises en place en quelques mois à peine

Les antennes romandes du Centre social protestant ont récemment alerté l’opinion publique sur la paupérisation croissante de la population et le besoin de maintenir et renforcer notre filet social. C’est un appel nécessaire et légitime, qui offre l’opportunité de rappeler ici le nombre de mesures prises par le canton de Genève en un temps record et le niveau des montants débloqués.

Loi permettant de répondre à l’urgence du droit à l’alimentation 5 millions de francs
Loi sur l’indemnisation pour perte de revenus liée aux mesures de lutte contre le coronavirus 15 millions de francs
Loi permettant de lutter contre le sans-abrisme en période hivernale, grâce à l’hébergement hôtelier de 160 personnes 1,4 million de francs
Loi permettant de soutenir les organismes privés à but non lucratif œuvrant en faveur des personnes en situation de précarité 12 millions de francs
Crédit complémentaire au budget 2020 pour absorber l’augmentation de l’aide sociale (+ 9%) 14,4 millions de francs
TOTAL 47,8 millions de francs

En complément de ces mesures, d’autres actions concrètes ont été entreprises dès le début de la crise. L’élargissement de l’accès à l’aide sociale aux indépendant·e·s, la facilitation des demandes de subsides d’assurance-maladie, et le maintien des centres d’action sociale ouverts sont, par exemple, des mesures engagées très rapidement et financièrement conséquentes. Sans oublier une campagne de sensibilisation aux employeurs de l’économie domestique ou plus récemment un appel à projets pour la mise en œuvre de la politique de cohésion sociale en milieu urbain.

Ajoutons à ces chiffres la mise en place par le Département de la cohésion sociale, depuis près de quatre mois, du Bureau d’information sociale (BiS), qui permet de réunir quelques-uns des principaux partenaires publics et privés de l’action sociale à Genève autour d’un projet d’orientation, d’information et de primo-intervention sociales, lequel a déjà permis d’accueillir plus d’un demi-millier de personnes.

En ce qui concerne l’action des collectivités publiques, comment ne pas citer non plus l’action déterminante des communes au printemps 2020, dans le cadre du “plan de solidarité communal”, où chacune d’elles a mobilisé de manière admirable, sous la coordination du canton, employé·e·s municipales et municipaux et bénévoles pour faire face à l’urgence sociale. D’ailleurs, certaines d’entre elles ont décidé de poursuivre ces actions.

Agir aujourd’hui, anticiper demain

La crise n’est pas terminée, loin s’en faut. Et quand bien même elle serait bientôt, nous l’espérons, derrière nous, il faudra compter encore longtemps sur ses séquelles en termes de précarisation d’une grande partie de la population, pour laquelle le chemin du retour à la dignité sera probablement encore longtemps semé d’embuches. C’est aussi pour cela que le Département de la cohésion sociale a récemment lancé un Plan d’action contre la précarité (“Cohésion sociale 2030“). Dans la lignée de ce Plan, je présenterai bientôt un nouveau projet de loi, pour prévenir et lutter contre le surendettement. Et dans une perspective de sortie de crise à moyen terme, la prochaine refonte de l’aide sociale individuelle, rendue nécessaire par les transformations du monde du travail, sera présentée cet été.

Alors que certains comparent les efforts des uns et des autres, j’en appelle à adopter le point de vue de la population et de ses besoins. L’Etat, les communes, les associations sont complémentaires et doivent continuer de conjuguer leurs efforts comme ils l’ont fait durant la pandémie : rapidement, de manière ciblée et concertée. C’est ainsi seulement que nous viendrons tou·te·s ensemble à endiguer la précarité causée par la crise que nous traversons. Le CSP Genève fait ainsi partie des six associations ayant reçu 12 millions de francs du Canton afin de venir en aide aux personnes précarisées. Je tiens non seulement à remercier toutes les structures actives dans ce domaine mais également l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs qui ont assuré l’octroi de prestations sociales, sans interruption aucune, durant toute cette année écoulée.

Durant cette crise sanitaire, l’urgence sociale est passée dans l’opinion publique d’un simple concept à une réalité visible : à Genève, il était impossible pour certain·e·s de l’appréhender jusqu’aux images déroutantes et révoltantes des Vernets. Contre un virus qui s’est répandu rapidement, nous avons mis en place des politiques sociales en un temps record. Et bien que les images des Vernets ne font plus la une, la précarité n’a pas cessé d’augmenter et le Canton comme ses partenaires répondent toujours au plus près des besoins. Je souhaite donc que cette période difficile nous permette de poser les jalons d’une politique sociale encore plus ambitieuse, afin que notre investissement actuel contre la précarité porte ses fruits.