Perly-Certoux sous-traite son service social à un privé

Source: Tribune de Genève / Céline Garcin Photo: Alexey M.

C’est une première dans le canton. Une commune genevoise, Perly-Certoux, vient de sous-traiter son service social à un organisme privé, Caritas-Genève. Selon la Municipalité, ce système offre aux habitants un traitement rapide et professionnel de leur dossier. Un service qu’une petite administration ne peut pas proposer.

A Genève, l’aide sociale appartient au Canton. Certaines communes proposent cependant des prestations complémentaires ou soutiennent leurs habitants dans les démarches pour obtenir les prestations cantonales. Dans les grandes municipalités, la tâche est généralement assumée par le service social communal. Dans les plus petites, elle revient souvent aux employés de la mairie.

Une aide professionnelle

Mais on ne s’improvise pas assistant social en un claquement de doigts. Les secrétaires de Perly-Certoux en savent quelque chose. Confrontés à des problématiques de plus en plus complexes, ils ont tiré la sonnette d’alarme. «Nous n’avions ni les connaissances, ni les compétences pour conseiller et orienter les gens qui venaient au guichet», confie Véronique Preti, secrétaire générale adjointe de la Commune.

Avec ses 3053 habitants, Perly-Certoux est à la croisée des chemins. Son administration est encore celle d’une petite commune mais l’augmentation et l’évolution de sa population la confronte aujourd’hui aux problèmes des grandes.

Pour répondre à cette nouvelle donne, Fernand Savigny, conseiller administratif en charge des Affaires sociales, a d’abord songé à créer un service social communal. Mais le nombre de demandes – une dizaine, selon Véronique Preti – ne justifiait pas l’engagement d’une assistante sociale. Le magistrat a alors pensé à confier le mandat à une institution privée reconnue de droit public. «Cela permet d’offrir un service professionnel cinq jours sur sept et de garantir une plus grande discrétion pour les habitants», souligne le magistrat.

Évaluation du besoin

La convention signée à la fin du mois d’août entre Perly-Certoux et Caritas-Genève courra sur deux ans. Elle stipule que, durant ce laps de temps, toutes les demandes des habitants seront traitées par l’institution. Une permanence téléphonique a été ouverte à cet effet. La Municipalité paie ce service 12 000 francs par an. Une somme qui reste inférieure au coût d’une assistante sociale à 20%, note le maire, Christian Gorce.

Un premier bilan de ce dispositif sera réalisé en 2018. «Si ce service révèle un vrai besoin, nous envisagerons peut-être la création d’un service social communal», ajoute le maire.

Et l’intercommunalité?

En un mois, une vingtaine de demandes a été adressée à Caritas-Genève. C’est plus que ce qu’avait imaginé la Commune. Pour le directeur de l’institution, Dominique Froidevaux, l’ouverture de cette permanence permet «une détection plus précoce des situations problématiques au sein de la commune. Cela permet d’agir plus efficacement et donc d’éviter que des personnes tombent à l’Hospice général. C’est important de pouvoir soulager les communes qui n’ont pas la possibilité de créer un service social.»

Son homologue du Centre social protestant (CSP), Alain Bollle, n’est pas du même avis sur ce dernier point. Il a d’ailleurs répondu négativement à la sollicitation de Perly-Certoux. «C’est louable de la part de cette commune de vouloir offrir une aide professionnelle à ses habitants, je me demande simplement si c’est normal de confier cela à un organisme privé qui a une connaissance moins fine du terrain communal. N’aurait-il pas été plus intéressant de privilégier l’intercommunalité comme cela se fait déjà pour les services d’incendie, les routes ou les traitements des déchets?» Fernand Savigny répond que cette solution n’a pas été étudiée. «Nous avons surtout réfléchi à offrir un service pour notre commune», confie-t-il.

Projets similaires

S’il ne convainc pas le CSP, ce système novateur pourrait séduire d’autres municipalités genevoises.

Le président de l’Association des communes genevoises (ACG), Thierry Apothéloz dit en effet avoir entendu plusieurs «petites et moyennes communes» qui y réfléchissaient. Qu’en pense-t-il? Le Verniolan applaudit l’initiative. Il souligne qu’un tel dispositif permet en outre d’anticiper la prise en charge des seniors, tâche qui sera prochainement transférée du Canton aux communes.

Le risque n’est-il pas de voir des communes externaliser leurs services sociaux vers des entreprises privées aux ambitions moins louables que Caritas-Genève? Mauro Poggia, conseiller d’Etat en charge du Social, se dit en tout cas confiant: «On peut compter sur le bon sens des communes pour que les mandats soient confiés à des institutions ayant fait leurs preuves dans le domaine social.»