Genève 18 plutôt que Mai 68!

Texte paru dans la Tribune de Genève du 27 mars 2018

L’élection pour cette législature 2018-2023 coïncide avec les 50 ans de Mai 68. La Tribune de Genève a demandé à chacun des trente et un candidats au Conseil d’État de jeter des fleurs ou des pavés au parlement et au gouvernement sortant et de dire quelles seront leurs premières actions s’ils sont élus. Sont-ils plutôt carotte ou bâton?

Thierry Apothéloz, conseiller administratif PS à Vernier, président de l’Association des communes genevoises, candidat au Conseil d’Etat

Cinquante ans nous séparent de Mai 68. Une révolution culturelle importante, celle qui a permis l’émancipation – des femmes notamment – et le basculement de nos sociétés vers la modernité. Mais une révolution incomplète et inachevée. De la lame de fond libératrice, que reste-t-il aujourd’hui?

Quels sont les acquis de nos sociétés qui ont survécu à la période «bénie» des Trente Glorieuses? Avons-nous moins de précarité, plus de droits humains, moins de chômage, plus de logements, une meilleure éducation, une meilleure santé? Questions ouvertes. Le vent libérateur a été trop souvent aspiré par l’individualisme, le chacun pour soi et la pernicieuse disparition des solidarités. De Mai 68, il ne reste plus grand-chose ou pas assez. Les idéaux libertaires se sont fracassés sur le mur d’une mondialisation sans visage.

Aujourd’hui on communique, on échange et on s’informe bien plus vite. C’est l’ère de l’instantané et de l’immédiat. La tête plongée dans le flot d’informations, on en oublie de penser le monde qui nous entoure, et qui semble mourir à petit feu. Où en sommes-nous aujourd’hui? Où en est l’émancipation tant attendue? La fin de la servilité politique et sociétale que symbolisa Mai 68 s’est-elle muée en servilité économique et consumériste?

À y regarder de plus près, Mai 68 semble à des années-lumière de la réalité que nous vivons à Genève. La morosité économique est devenue la règle. Les prestations assurées par l’État ne suffisent plus à combler les besoins de la population. Un Genevois sur sept vit dans la précarité. Le chômage stagne, le logement est devenu inabordable, l’assurance-maladie est hors de prix. La classe moyenne – celle qui a profité de la révolution de Mai 68 – est accablée par les factures, la hausse des prix, les dettes. Les conditions de travail se précarisent et se flexibilisent toujours plus. Celles et ceux qui n’arrivent pas à suivre le rythme sont laissés sur le côté. Sans parler des effets de l’intelligence artificielle sur les emplois.

Cependant, les braises de Mai 68 ne demandent qu’à se rallumer. Il suffit de peu pour «rallumer tous les soleils», comme le disait Jaurès. Je vois cette énergie autour de moi: chez ces jeunes qui démarrent un projet pour aider ici ou ailleurs; chez ces habitants des Avanchets qui s’érigent contre le renvoi d’une grand-mère camerounaise; chez ces aînés qui refusent de voir la génération de leurs petits-enfants vivre moins bien que la leur.

Nous avons le devoir de soutenir ces élans. Non par des vaines promesses, ce n’est pas ma façon de faire de la politique, mais par des actions concrètes, comme ce que j’ai réalisé avec le Réseau Seniors Vernier, les contrats de quartier ou encore les Correspondants de nuit. Pour un canton plus solidaire et plus social, Genève mérite des choix politiques clairs qui permettent aux Genevois d’accéder à l’emploi, au logement, à la formation et à la santé sans avoir l’angoisse des fins de mois. Pas de nostalgie de Mai 68, mais une furieuse envie d’une Genève 18 pour porter cet espoir-là.