La cohésion sociale au cœur de l’action de l’État

Texte réalisé dans le cadre de la rubrique Invité de la Tribune de Genève du 8 juin 2018

Pour la première fois de son histoire, notre canton s’est doté d’un département entièrement consacré à la question de la «cohésion sociale». Sous ce vocable parfois galvaudé se cache l’essence de ce qui fait notre corps social: la force des liens que doivent entretenir les habitant.e.s d’une société pour s’inscrire dans un destin commun.

Vaste sujet, qui peut se décliner à l’infini et qui transcende les seules politiques dites «sociales». Le vivre-ensemble implique de nouer des relations (économiques, de voisinage, d’amitié, de dépendance ou d’échange) les uns avec les autres, comme de veiller à ce que ces liens ne se distendent pas. Le risque est toujours réel de voir se développer une société à plusieurs vitesses, qui accroîtrait les inégalités. Et c’est pour juguler ce fléau et éviter les ruptures du contrat social qui nous unit que le développement de la cohésion sociale est devenu une priorité politique. Les risques pour notre société se cristallisent aujourd’hui principalement autour de trois enjeux.

Il y a d’abord l’érosion de la classe moyenne, qui voit son pouvoir d’achat s’effriter en raison de l’augmentation du coût de la vie, en particulier celui du logement et des primes d’assurance-maladie. En second lieu, je mentionnerai la nouvelle révolution technologique qui s’accélère, au risque de provoquer un clivage entre celles et ceux qui parviendront à garder le rythme et les autres qui seront dépassés par le phénomène. Quand on sait que près de la moitié des métiers actuels auront probablement disparu d’ici à trente ans, on se doit d’être particulièrement attentif à cette évolution. Le troisième risque est probablement celui qui aura le plus grand impact ces prochaines années: il s’agit du vieillissement de la population. Confrontées à l’inversion de la pyramide des âges, nos sociétés vont devoir repenser l’ensemble de leurs politiques publiques. D’un point de vue sanitaire, urgemment, sur le plan de l’action sociale, de la fiscalité, de la mobilité ou de l’aménagement, assurément.

La culture et le sport sont trop souvent vus comme de simples loisirs: je m’oppose à cette vision restrictive, car ils ont un rôle essentiel à jouer dans l’approfondissement de nos liens. La culture interroge notre société. Le sport nous réunit. Par la diversité de leurs actions et des publics qu’ils touchent, ils créent une communauté de destins, ils suscitent et favorisent les rencontres, induisent l’engouement et finalement distillent du bonheur individuel et collectif.

La cohésion sociale n’aborde certes pas toutes les politiques publiques, elle agit comme le filigrane nécessaire à leur conception. J’entends par là qu’elle doit être au centre des réflexions qui guident l’action publique. Non seulement parce que notre prospérité dépend de la place que nous lui accordons, mais aussi parce que cette cohésion constitue un investissement: tout ce que nous faisons aujourd’hui pour la favoriser permettra demain de réduire les coûts de la fracture sociale.