Mobilité douce: on pédale dans la semoule…

Mobilité douce: on pédale dans la semoule…

Depuis l’acceptation par le peuple de l’initiative 144 Pour la mobilité douce (Initiative des villes) en 2012, on a multiplié les planifications et les études. Beaucoup d’incantations. Mais bien peu de résultats. Le rapport de la Cour des comptes sorti hier est particulièrement critique sur cette question. Le fossé qui sépare Genève d’autres grands centres urbains (Zürich, Bâle, etc.) est aujourd’hui immense. Les autres avancent, et nous nous regardons faire, avec cette épine dans le pied que constitue l’article constitutionnel de la « liberté du choix de transport ».

Chaque année le Département de l’Environnement, des Transports et de l’Agriculture (DETA) annonce avec grand fracas les mesures qui ont été prises en faveur de la mobilité l’année précédente. Le 2 février 2017, la Direction générale des transports annonce 55 mesures en faveur de la circulation et la fluidification tous modes de transport confondus. On pourrait croire que la majorité des mesures sont en faveur de la mobilité douce vu le retard pris par rapport aux autres villes de notre pays, mais en réalité et dans le détail, nombre de mesures touchent majoritairement les aménagements en faveur des automobilistes (19) et des deux-roues motorisés (15), soit en tout 34 mesures et à peine 27 concernent les aménagements en faveur des piétons ou des cyclistes.

Si on va encore plus dans les détails, on remarquera que ces 34 mesures en faveur des voitures et des deux-roues motorisées sont celles qui coûtent le plus en termes de budget et d’investissement.

Il ne reste que des miettes pour les modes doux et les transports publics.

Loin d’être bénéfiques, ces actions menées à la « mode du saupoudrage » pour « faire plaisir à tout le monde », ne contribuent pas à faire augmenter les parts modales des mobilités douces. Elles ont un effet contraire, car elle favorisent et attirent encore plus le trafic individuel motorisé au centre-ville, alors qu’on cherche justement à le dissuader… Dans l’hypercentre, toutes les analyses montrent pourtant que la majorité des déplacements est du fait des mobilités douces (52% pour la mobilité vélo et piétons).

Or, au lieu de favoriser davantage ces modes doux pour améliorer la qualité de vie et de l’air au centre-ville, on s’acharne à trouver des mesures majoritairement en faveur du transport individuel motorisé, alors même que ce sont les mesures qui coûtent le plus cher!

Malgré le potentiel important et l’engouement pour le vélo ces dernières années (meilleure image, démocratisation du vélo à assistance électrique, etc.), si les aménagements qui améliorent la sécurité des usager-e-s ne suivent pas, la part modale ne décolle pas.

Le document directeur Mobilités 2030, présenté par l’Etat en septembre dernier, présente des perspectives peu ambitieuses. Ainsi, il est prévu que l’utilisation du vélo passe de 4% actuellement à 7% en 2030 dans le canton, et de 7% à 15% en ville. Les perspectives pour les piétons sont également insuffisantes dans ce document.

Bref, on patauge et on pédale dans la semoule.

De la cosmétique à l’action, il n’y a qu’un pas: celui de la volonté. Et développer les mobilités douces pour désengorger notre centre-ville et protéger les piétons devrait être une priorité politique majeure dans notre canton.

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